«Les touristes recherchent des sensations et des émotions»

Lors du Forum de la construction à Crans-Montana le 3 février 2003, Xavier Comtesse est venu expliquer comment une station peut se développer grâce au business-plan local, un outil emprunté à l’entreprise. 
Interview: Danielle Emery Mayor

Pubié dans Hôtel Tourisme Revue - 6 février 2003
Xavier Comtesse, directeur romand de la Fondation Avenir Suisse

Il dirige l’antenne romande d’Avenir Suisse, «l’usine à penser» des milieux économiques. Xavier Comtesse est venu à Crans-Montana donner sa vision du développement de la station lors du Forum de la construction. Son rôle: aider à faire naître dans l’esprit des gens une vision commune. Puis les accompagner dans l’établissement d’un business-plan local. Un démarche inspirée de ce qui se fait dans une entreprise lorsqu’elle se prépare à lancer un nouveau produit sur le marché. 

Qu’est-ce qui vous a intéressé lorsque vous avez accepté d’animer ce forum à Crans-Montana ?
Je crois beaucoup à la prise en charge des communauté par elles-mêmes. J’ai donc été intéressé par la démarche des organisateurs. En Suisse, et surtout à Crans-Montana, il y a eu un développement anarchique. A l’époque, il n’était pas nécessaire d’établir un plan de développement. Mais aujourd’hui, on ressent le besoin de planifier. 

Cette station a encore des atouts dans sa poche?
La chance de Crans-Montana, c’est son plateau, son environnement magnifique, un site que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Les opportunités n’ont jusqu’ici pas assez été mises en évidence. Si les hôtels ferment à Crans-Montana, c’est parce que ce n’est plus un lieu de passage! Il faut recréer ce passage: les touristes ne sont pas bien loin…

Qu’est-ce qu’un business-plan local peut apporter?
Ce qui est nouveau, c’est la dimension locale. Avant, on faisait des réflexions sur le développement économique, on travaillait pour attirer des sociétés étrangères. Le business-plan local se base sur une prise de conscience par tous de la valeur du lieu et de son potentiel. 

Comment fonctionne la démarche du business-plan?
C’est est un instrument, une méthodologie qui doit faciliter, mobiliser. Il faut commencer par avoir une vision commune, une idée simple avec laquelle chacun peut rêver, avec laquelle chacun peut être créatif. Puis on fixe les objectifs, on réfléchit pour voir comment matérialiser cette vision. Enfin, il faut établir un plan d’action, sur 5 ans. Il ne faut pas avoir peur de perdre un peu de temps au début. Il faut faire du lobbying, convaincre tout le monde, trouver de l’argent. Discussion, motivation, médiation: ce sont trois mots clés.

Comment convaincre tous les partenaires?
Quand les acteurs tombent d’accord sur les objectifs, mon rôle est de leur dire: «Si on décide de le faire, ce sera du sérieux!» Le concept de base devient le moteur du développement pour tout le monde. Quand vous vous obligez vous mêmes, c’est la plus forte des contraintes… 

Qui pilote cette planification?
Ce sont les groupements, les associations qui sont au départ. Jusqu’ici, il y a eu déresponsabilisation des gens. Il faut maintenant inverser la tendance. Il faut aussi trouver un leader qui a un certain charisme et reconnaissance de tous. En général, ce champion apparaît naturellement au cours du processus. A chaque niveau, il y a la juste prise de responsabilité.

Quel concept verriez-vous pour Crans-Montana ?
Je suis venu pendant une semaine à Noël à Crans-Montana et j’ai été frappé par la luminosité. Pourquoi ne pas construire tout un concept autour de la lumière? Il y a plein de déclinaisons possibles. J’ai remarqué combien la décoration de Noël était pauvre; avec le concept lumière, on peut transformer la station, faire naître une magie de certains lieux, faire vivre la station le soir… La photo, le cinéma, l’art en général peut être mis en lumière. On peut éclairer la patinoire, on habille les vilaines façades en projetant des images…

Vous dites qu’il faut créer de l’émotion…
Ce que cherchent les gens aujourd’hui, c’est n’est plus de venir en station pour skier toute la journée et se reposer le soir. Ils veulent des sensations. Et il faut les leur donner. Ces sensations, c’est justement ce qui manque le plus à Crans-Montana. Avec un concept comme celui de la lumière, on peut se laisse dériver vers toutes sortes d’événements. Il faut que tous les gens se disent «Allons voir les lumières de Crans-Montana!»

 

Une réelle volonté de réussir

Cent vingt personnes ont assisté au Forum de la construction 2003. Xavier Comtesse a joué les agitateurs d’idées, avant de «lâcher» les personnes présentes dans 4 ateliers. Au terme de l’après-midi, une réelle volonté de réussir émergeait. La station valaisanne a mis en marche un processus dynamique prometteur. Il convient maintenant de coordonner idées et objectifs en se basant sur les travaux des trois pôles de réflexion: le Plan d’action environnement et santé (pour lequel Crans-Montana est région pilote suisse), les séminaires «Parlons Tourisme» de Crans-Montana Tourisme et le Business-plan local lancé lundi dernier. «Lorsque l’ambiance à Crans-Montana sera chaude, il n’y aura plus de lits froids tant les gens voudront y venir», prédit Xavier Comtesse.




 

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