Une cité à la montagne

"Une sorte de ville diffuse à dominante automobile"

Extrait de la conférence donnée par
 
Isabelle Evéquoz, Ambroise Bonvinet Gilbert Strobino
le 25 mars 2003 - Université populaire de Crans-Montana

 

 

Crans-Montana, son plateau autrefois vierge de toute construction à part les mayens, s'est transformé en un peu plus d'un siècle en ville à dominante automobile. Il est temps de réfléchir à l'accroissement de la cité dans son ensemble. C'est l'avis émis par Isabelle Evéquoz, Ambroise Bonvin et Gilbert Strobino, lors d'une conférence donnée à Crans-Montana dans le cadre de l'UNIPOP et du PAES. 

Ci-dessous, un extrait de cette conférence

->Lire aussi l'article paru dans le Journal de Sierre du 3 avril 2003

 

Les projets d'envergure territoriale, (qui ont reconnu la spécificité de la morphologie du lieu) placés aux endroits stratégiques ont fortement marqué l'évolution spatiale de la station. Ils sont devenus des repères (nœuds structurants) dans le paysage urbain.

Le développement touristique a transformé le territoire au cours des cent dernières années et parfois malheureusement aussi de manière chaotique et sans grande signification esthétique ou intellectuelle.

Ce lieu magnifique, s'est petit à petit transformé en une sorte de ville diffuse à dominante automobile, alors qu'il mériterait de s'exprimer comme une cité contenue dans une forme urbaine perceptible à l'échelle territoriale. C'est donc au travers d'une lecture des repères et de leur mise en valeur qu'il s'agit d'aider  l'accroissement de la cité.

Premier repère : l’Hôtel du Parc

Perché sur le sommet de la colline, adossé à une forêt de sapins, côtoyant un lieu sacré (cimetière burgonde), donnant des vues sur 360 degrés, orienté sur le couchant, surplombant les lacs de Grenon et d'Ycoor, de la Moubra et de l'Etang Blanc, recevant le premier et le dernier rayon de soleil de la journée, le génie de ce lieu semble avoir fortement inspiré les pionniers de cette station.

Les quatre propriétaires successifs, L. Antille, Ch. Antille, F. Bonvin, M. Walcher Bonvin ont conservé l'authenticité de cet endroit avec le plus grand respect de 1892 à 2003. La colline résista à l'âge d'or de la spéculation immobilière qui commença au milieu des années 60 et se poursuit jusqu'à nos jours.

L'impact territorial de la Colline du Parc et de son hôtel au centre de la station produit aujourd'hui encore son plein effet.

La destinée de ce site exceptionnel préservé depuis la fin du 19 ème siècle devrait être pensée au plus haut niveau. L'intervention qui transformera cette colline sera le reflet des valeurs de notre société.

Deuxième repère : les hôtels du Golf, Beau-Séjour, Royal, Eden, Carlton et Rhodania conçus par l'architecte viègeois Markus Burgener à la fin des années '20.

Les hôtels construits par M. Burgener ont contribué à définir le périmètre du centre de Crans. Comme d'immenses blocs erratiques posés aux endroits stratégiques, ces constructions jouent aujourd'hui encore leur rôle territorial, par leur présence forte et digne dans le paysage urbain.

On peut noter que les similitudes de ces bâtisses entre-elles, crées des points de repère dans le paysage, façonnant la cité de façon plaisante et lui conférant une certaine unité.

Troisième repère : la Tour de super Crans conçue par l'architecte Jean-Marie Ellenberger en 1963

Dixit Jean-Marie Ellenberger lors de la remise du gros œuvre:

''Soit construire un ensemble de maisons de quatre étages éparpillées dans la nature, détruisant ainsi les avantages du site, obligeant à abattre des centaines d'arbres, faisant fuir les écureuils et mésanges, et enlevant toute vue aux immeubles non situés sur le bord extrême de l'ensemble (une quinzaine d'immeuble auraient trouvé leur place).

Soit l'organisation d'un centre vertical permettant à chaque appartement de bénéficier d'un maximum de vue, de confort, mais évidemment d'une hauteur qui pourrait sembler excessive.

Grâce à l'appui et la compréhension des autorités communales et cantonales, des services techniques de la Commission de construction et la Commission forestière, la deuxième solution fut acceptée.''

Jean-Marie Ellenberger a inscrit son bâtiment dans le territoire, il a redessiné la silhouette de la montagne et ainsi modifié l'image de la station tout entière. Super-Crans, tel un phare rayonne et s'ouvre sur ce paysage de rêve, du Monte Léone au Mont Blanc. Super-Crans fait partie de l'histoire de notre station.

Aujourd'hui, il se construit de gros chalets en série, mauvaises reproductions stéréotypées des chalets de l'Oberland bernois, d'Autriche ou d'ailleurs.

On emballe, on camouffle, on travestit ce que l'on considère comme des erreurs du passé. On s'excuse d'être ce qu'on a été. On cherche à suggérer la ruralité, on veut s'adapter au paysage. Mais a-t-on oublié que le paysage auquel on veut s'adapter se réclamait être moderne?

Une simple lecture du plan des affectations concernant le territoire du Haut-Plateau (6 communes) nous montre que la politique du remplissage est toujours d' actualité.

Il devient urgent de réorganiser et réévaluer les rapports entre constructions privées et espace public, de réserver des zones vides permettrant de rétablir un certain équilibre.

Une intervention à échelle territoriale au cœur de la cité concerne l'ensemble des 6 communes parce que l'enjeu est de retrouver un équilibre spatial sur l'entier du Haut-Plateau. Redessiner l'espace public pour restructurer le bâti. Réserver des zones dites sensibles pour créer le vide afin mieux lire le plein.

La Colline du Parc, avec toute la force territoriale qu'on lui connaît prolongée de l'étendue du Lac Grenon puis de l'espace du vallon s'étendant jusqu'au Zier, devrait pouvoir devenir la colonne vertébrale de cet espace collectif redynamisant les deux centres de la station.

 

Nous pensons qu'il faille orienter le débat non pas seulement sur le choix d'une décoration urbaine mais plutôt vers des questions structurantes concernant la cité au sens large et dans son ensemble. Nous pensons notamment au problème de l'affectation des zones, de l'espace public face à l’espace privé, des circulations automobiles et piétonnes, de l'identité du lieu-dit Haut-plateau et ceci indépendament du fait qu'il soit situé sur l'une ou l'autre des 6 communes. Les questions urbanistiques qui se posent aujourd'hui dépassent largement les réponses partisanes et les querelles intercommunales.

Souvenons-nous des paroles d'un de nos Présidents de commune dites en 1992: "On est tous vignerons ou agriculteurs, on sait bien qu'il faut économiser nos terres".

 

 

Isabelle Evéquoz, Ambroise Bonvin, Gilbert Strobino

 

 

 

 

Haut de page